La FSF a adressé des questions aux 3 candidat·es à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois. Voici leurs réponses.

 

Finances publiques vaudoises : Quelle est votre analyse des finances publiques de l’Etat de Vaud, notamment les causes de la situation actuelle et les mesures à prendre ?

Agathe Raboud : La majorité de droite du Conseil d’État et du Grand Conseil, en collaboration avec les grandes organisations patronales du canton, a vidé les caisses du Canton par une succession de baisses fiscales en faveur des multinationales et des plus riches. Cette majorité fait aujourd’hui payer le prix de cette politique des caisses vides à la population, par des coupes dans les prestations publiques essentielles comme la santé, la prise en charge des personnes âgées ou l’accueil de jour des enfants. La majorité bourgeoise par une indexation incomplète et par la tentative d’instaurer une « contribution de crise », cherche à baisser les salaires des travailleuses et travailleurs de la fonction publique, en majorité des femmes. Or ces dernières sont déjà pénalisées sur le plan salarial et de leurs perspectives de retraite en raison d’une plus grande proportion de temps partiel contraint et par des interruptions de travail plus fréquentes liées aux tâches de travail reproductif et de soin. Les baisses de salaire aggravent donc les inégalités. Il faut sortir le canton de cette prétendue crise, alors qu’en réalité sa situation est tout à fait saine. Pour juger de la situation financière d’un canton, il faut se baser sur la dette nette, c’est-à-dire la dette brute moins les actifs. En réalité, le canton n’a pas de dette mais une fortune nette de plus de 4 milliards. Les véritables crises sont celle que vit la plus grande majorité de la population du canton qui peine à terminer le mois et celle écologique dont l’urgence n’est plus à prouver. Le canton doit au contraire investir pour le futur de sa population tant que sa situation économique le lui permet encore. Plutôt que de chercher là où il est possible de couper et freiner la hausse des charges, avec Ensemble à Gauche nous proposons de chercher à augmenter les recettes: en commençant par respecter la loi fiscale en vigueur, sachant qu’on estime à 500 millions de francs la perte due à la mauvaise application du bouclier fiscal Avec la RIE3, l’impôt sur le bénéfice des grandes entreprises a été baissé de 22 à 15%, ce qui entraîne plus de 350 millions de baisses fiscales par année. Il faut revenir sur cette réforme fiscale injuste. Le Budget, et la façon dont on le présente, est un choix politique. Il faut un changement de cap radical, assouplir le frein à l’endettement tel que cela a été fait même en Allemagne début 2025 et qui est un mécanisme économique obsolète qui mène à une politique austéritaire alors que la situation ne le nécessite pas. Il faut cesser les cadeaux fiscaux qui ne profitent qu’à une infime partie d’ultrariches et investir dans ce qui profite à l’ensemble de la population en remettant au centre ses besoins fondamentaux. Le danger de cette politique des caisses vides est qu’elle fait passer l’État comme inefficace et gaspilleur et donc de réclamer des économies et la privatisation des services publics, de la santé, de la protection sociale… et donc à un monde injuste et profondément antisocial.

Roger Nordmann : Il s’agit d’une crise des recettes, fabriquée de toutes pièces. Concrètement, les baisses fiscales atteignent 550 Millions de fr par an, soit à peu près la taille du déficit de fonctionnement. Mais M. et Mme tout le monde ne l’ont guère ressenti, car les baisses ont été centrée sur les contribuables très très aisés. Il n’y a pas d’explosion des dépenses, stables depuis 12 ans à 17,5% du PIB vaudois. Sur cette période, la masse salariale n’a augmenté de que 23%, soit moins que le PIB (30%).  Il faudra des recettes supplémentaires ciblées sur les très haut revenus et fortunes. Je pense en particulier à l’impôt sur le gains immobiliers, et aussi à l’impôt à la dépense sur les riches étrangers sans activités lucratives.

Du côté des dépenses, je ne crois pas qu’il y a ait des « branches mortes » du service public. La population a besoin de policiers, d’enseignants et de soignant compétents, engagés et bien payés. Au contraire, on sait que certains secteurs doivent travailler avec des sous dotations historiques (protection de l’enfance par exemple). Des coupes brutales ne sont ni souhaitables, ni faisables. Par contre, en simplifiant des processus et en développant la digitalisation, on peut espérer un allégement de la charge administrative pour le personnel et des gains d’efficacité. Comme le canton a la chance d’avoir encore 3 milliards de fortune, il n’y a pas besoin d’agir brutalement. Et il n’y a pas d’inconvénient à emprunter pour investir.

Jean-François Thuillard : Les finances publiques vaudoises ont un problème structurel avec les charges. Ces dernières ne sont plus maîtrisées et le Conseil d’Etat semble ne plus savoir ce qu’il faut entreprendre pour tenter de freiner cette tendance. La volonté exprimée dans le programme de législature de revenir à une maîtrise des charges a échoué. Je défends une reprise en main des charges à dose homéopathique. Je ne souhaite renoncer à aucune politique publique et estime essentiel de décharger l’administration cantonale de sa propre bureaucratie afin de pouvoir réaffecter les ressources de la fonction publique.

Finances publiques vaudoises : Etes-vous favorable à de nouvelles baisses fiscales ? Pour quelle(s) raison(s) ?

Roger Nordmann : Non, j’y suis complètement opposé. Il faut absolument rejeter l’initiative dite des « 12% » qui creuserait le déficit de 260 millions supplémentaires, principalement en allégeant l’impôt sur la fortune. Les baisses d’impôts se sont avérées être une potion toxique pour le canton. C’est pas le moment d’en boire un second chaudron ! C’est même le contraire qu’il faut faire en faisant contribuer ceux et celles qui ont largement les moyens pour financer correctement les services publics, qui sont, finalement, un bien commun.

Jean-François Thuillard : Oui, je soutiens une baisse fiscale pour tous. Notre canton prive sa classe moyenne de son pouvoir d’achat par une fiscalité confiscatoire qui ne supporte pas la comparaison avec les cantons voisins de Fribourg et Valais, ni même la comparaison avec le canton de Zurich. L’augmentation du pouvoir d’achat de chaque Vaudois passe par une réforme fiscale qui redonne du pouvoir d’achat à chacun.

Agathe Raboud : Je suis contre toute baisse fiscale généralisée qui ne profite au final qu’aux plus riches. Avec Ensemble à Gauche nous proposons d’augmenter la progressivité de l’impôt, avec des baisses fiscals pour les familles et les personnes les moins aisées uniquement. L’initiative populaire qui sera votée en juin prochain demandant une diminution de 12% du taux de l’impôt sur le revenu et la fortune entraînerait une baisse des recettes fiscales d’au moins 500 millions. La droite présente les baisses d’impôt comme des “gestes pour la classe moyenne » mais c’est de l’esbroufe et c’est se moquer des gens car en réalité ce ne sont une fois de plus que les ultra riches qui en bénéficient. Cela entraîne en parallèle une casse des services publics, une dégradation des prestations essentielles à la société et une attaque contre les subsides qui sont actuellement le seul moyen pour près de 40% de la population de payer ses charges fixes chaque mois. En baissant la fiscalité, on ne fait que creuser l’écart entre les très riches et le reste de la population.

Caisse de pensions de l’Etat de Vaud : Quelle est votre position sur la situation de la CPEV. Si des mesures devaient être prises, est-ce que ces dernières doivent être paritaires (financement par l’Etat également) ?

Jean-François Thuillard : La CPEV est un sujet de préoccupation. Malgré la recapitalisation de 2013, la situation semble bloquée et le taux de couverture prévu à l’horizon 2052 est loin d’être atteint. A mes yeux, il existe un enjeu d’équité entre le traitement des travailleurs du secteur privé et ceux du secteur public qui concerne notamment la CPEV. Il est inéquitable que les contribuables soient appelés à recapitaliser à échéances régulières – car c’est ce qui arrivera à nouveau sans une réforme réelle – une caisse inapte à se réformer.  

Agathe Raboud : Je suis opposé à toute péjoration des retraites dans la fonction publique. La situation de la caisse est saine. Cas échéant, c’est à l’Etat d’assurer le maintien des prestations, par un financement supplémentaires si nécessaire, et non aux salarié·x·e·s. Je suis par ailleurs pour que la CPEV désinvestisse les énergies fossiles et toute participation dans des entreprises, notamment israéliennes, qui bafouent les droits humains.

Roger Nordmann : La retraite est une composante important du salaire des employés de l’Etat. Elle doit être attrayante. Dans ce domaine foncièrement paritaire, d’éventuelles mesures doivent aussi être paritaires. De ce que j’ai pu lire des rapports de la CPEV, il n’y a aujourd’hui aucune nécessité de prendre des mesures de restriction des prestations.

Partenariat social : Quelle est votre vision du partenariat social, notamment avec les représentant-es du personnel de l’Etat de Vaud ?

Agathe Raboud : Le Conseils d’Etat doit être à l’écoute des seul·e·s véritables expert·x·e·s des secteurs dont il assure la gouvernance, celles et ceux qui y travaillent. Je suis favorable à de véritables négociations entre l’Etat, employeur·x·euse·s, et les syndicats, et non des consultations alibi.

Roger Nordmann : Les contacts doivent être réguliers et dans la mesure du possible, d’éventuels changements doivent être négociés. En tout cas, des mesures ne doivent jamais être prises sans avoir essayé de trouver une solution négociée. De manière générale, l’Etat doit être un employeur attrayant. Il a besoin d’un personnel motivé pour délivrer des prestations indispensables.

Jean-François Thuillard : Le partenariat social est central. J’y accorde une grande importance et je veillerai à maintenir un dialogue serein et juste, constructif et critique, consensuel et déterminé.

Ecole obligatoire : Quelle est votre vision de l’école obligatoire actuelle. Si vous deviez prendre une seule mesure pour améliorer son fonctionnement, laquelle prendriez-vous ?

Roger Nordmann : N’étant pas un spécialiste, je vous réponds sous réserve. Les retours du corps enseignant et ce que j’ai pu lire des publications des syndicats est que le système scolaire est sous une forte pression et que son fonctionnement se complexifie chaque année, en particulier dans les processus administratifs, mais aussi dans des contrôles tatillons. Plutôt que d’ajouter des mesures, le moment me parait venu de simplifier un peu pour débureaucratiser le quotidien des enseignant-e-s, de manière à ce qu’ils et elles puissent consacrer leur énergie et leur attention directement aux élèves. On doit pouvoir leur faire confiance pour identifier les besoins sans multiplier les séances et les formulaires. Pour citer une mesure, je dirais : renforcer le fonctionnement du groupe classe (co-enseignement, effectifs adaptés et soutien ponctuel sans procédure lourde ) afin de limiter lorsque c’est possible l’étiquetage des élèves et la multiplication de petites mesures individuelles.

Jean-François Thuillard : Il y a tant à dire. A mes yeux, j’estime nécessaire de mieux protéger les enseignants et les élèves contre les actes d’incivilités, de violence et de menaces. Les enseignants sont trop souvent aussi les surveillants et policiers à cause de la démission parentale. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il est devenu systémique.

Agathe Raboud :  Je suis opposé à toute forme de sélection scolaire qui reproduise les discriminations sociales et de genre: il faut donc consacrer des moyens supplémentaires pour favoriser l’égalité des chances. Avec Ensemble à gauche nous pensons qu’il faut aussi donner davantage de moyens à l’école inclusive. Cela nécessite entre autres de réduire le nombre d’élèves par classe à 15 maximum afin que la qualité d’accueil global soit améliorée mais aussi celle des élèves à besoins spécifiques.