Ils et elles contrôlent nos véhicules, évaluent nos conducteurs, collaborent avec la gendarmerie. Rencontre avec un représentant du Groupement des experts vaudois en automobiles (GEVA) nouvelle association de la FSF.

Le pouvoir de dire « oui » ou « non »

Dans les 6 centres vaudois du Services des automobiles, ils et elles sont une septantaine à tenir entre leurs mains un pouvoir de décision rare : celui d’admettre ou d’interdire la circulation. « L’âme du travail, c’est d’admettre ou de retirer le droit de circuler pour les véhicules et puis d’admettre les conducteurs », résume notre interlocuteur. Pour les examens de conduite, l’approche a évolué vers plus de bienveillance : « on est vraiment dans une approche qu’on essaye de plus en plus bienveillante, de plus en plus à l’écoute. Tout en, c’est clair, ne baissant pas le, le niveau d’exigence », car la dimension psychologique est très présente : « c’est quand même des moments assez tendus quand on passe son permis ».

Mécanicien·nes de formation — aujourd’hui mécatronicien·nes —, ils et elles ont poursuivi un parcours passant par un CFC, puis une formation fédérale avec examens finaux. « C’est à ce terme qu’on peut avoir la signature d’expert de la circulation ». Les expert·s sont ensuite répartis en trois modules principaux : contrôles techniques, examens de conduite, navigation.

Huit examens par jour, cinq minutes pour souffler


Le rythme est soutenu. Très soutenu. Les collègues chargés des examens de conduite enchaînent
« huit examens par jour ». Quarante-cinq minutes d’évaluation, plus le temps de remplir le rapport, et « cinq minutes pour souffler après ». Le canton figure parmi « les plus chargés » de Suisse à ce niveau.

Les horaires ? 7h15-12h30, 13h15-16h30, douze minutes supplémentaires conventionnées pour « arrondir les contrôles ». 1 Mais le métier ne s’arrête pas là. Soirées, week-ends : les collaborations avec la gendarmerie pour les opérations « Hush » — ces contrôles anti-bruit médiatisés — ou les analyses judiciaires sur accidents graves, mobilisent les équipes en dehors du cadre régulier.

 

Le salaire, un enjeu essentiel

Pourtant, derrière cette expertise pointue, une crise silencieuse. « En termes financiers, en termes de salaire, on commence à se dissocier complètement du marché », lâche-t-il. Le constat est clair : « il y a quelques années, on avait énormément de chefs d’atelier avec brevet qui postulaient, qui attendaient ces places. Maintenant, on a des très jeunes mécaniciens qui arrivent parce que simplement, on paye pas assez par rapport au marché privé ». Les garages privés offrent désormais des postes à responsabilité comparables — « en termes de relation client, en termes de prise de décision, en termes d’expertise technique »mais mieux rémunérés. L’État perd ainsi l’expérience au profit de la jeunesse.

Autre enjeu : la formation continue. « Je pense que ça serait pas mal d’avoir un petit peu plus de formation continue ». La réalité ? « On a certains collègues qui attendent des années et des années sans avoir un cours ». Pourtant, le besoin est criant. La législation fédérales et ses directives évoluent à toute vitesse : « avant, c’était tous les deux, trois ans. Maintenant, c’est quasiment tous les six mois ».

Mobilisation : un syndicalisme naissant
Face aux restrictions budgétaires, une résignation désabusée : « Ça fait deux ans qu’on nous dit que le budget, ça va pas, puis qu’on peut pas faire à cause du budget. Donc en fait, on voit pas vraiment la différence vu qu’on peut de toute façon pas faire les choses ». Les grèves de fin d’année ? Le GEVA peinait déjà y participer. Non par désintérêt, mais parce que « on n’avait pas encore adhéré avec vous ». Mais l’espoir renaît : « là, ça commence un petit peu à venir ».

Enjeux
Les expert·es automobiles du GEVA incarnent un État technique exigeant, en première ligne pour la sécurité routière. Mais cette exigence se heurte à une réalité salariale qui les éloigne du marché, à des formations qui peinent à suivre l’évolution législative, à un budget qui paralyse toute initiative. Leur syndicalisation récente pourrait être le début d’une prise de parole collective. Reste à transformer la colère sourde en mobilisation durable.