Initiative des 12% : celles et ceux qui font tenir les prisons vaudoises disent NON
Le 27 septembre 2026, les Vaudoises et les Vaudois se prononceront sur l’initiative dite des 12%. L’Association vaudoise des agents pénitentiaires (AVAP) appelle à voter NON. Non par calcul politique, mais parce que notre métier nous place au cœur des conséquences d’une réduction durable des moyens de l’État. Des établissements saturés, des équipes épuisées, et une sécurité qui se dégrade pour tous.
Ce que nous vivons déjà, tous les jours
La surpopulation carcérale vaudoise est connue, 166% de taux d’occupation au Bois-Mermet, 143% à La Croisée. Derrière ces pourcentages, des cellules conçues pour une personne en accueillent deux ou trois, les activités se réduisent faute d’espace et d’encadrement, les tensions sont permanentes, et les équipes absorbent depuis des années une charge que rien ne justifie.
272 millions de moins, chaque année, sans limite de durée
L’initiative n’arrive pas dans un canton aux caisses pleines. Vaud enregistre son troisième déficit consécutif, 156 millions en 2025, prévoit 297 millions de déficit au budget 2026 malgré 305 millions d’économies déjà intégrées, et le Conseil d’État annonce un plan de retour à l’équilibre jusqu’en 2030 au moins.
Y ajouter 272 millions de pertes par an ne relève pas de l’économie ponctuelle. C’est un manque à gagner qu’il faudra retrouver chaque année, indéfiniment. Invoquer les réserves n’y répond pas, une réserve est un stock, alors qu’une baisse d’impôt permanente creuse les recettes année après année.
Un programme pénitentiaire déjà sous tension
Nos bâtiments datent du siècle passé, insupportables durant les canicules et passoires énergétiques en hiver. Fort de ce constat, le canton s’est engagé dans la refonte de ses infrastructures de détention autour du Pôle pénitentiaire du Nord vaudois, à Orbe, un ensemble qui doit compter à terme un millier de places et quelque 750 collaboratrices et collaborateurs. En 2026, le Grand Conseil a encore accepté les crédits d’étude d’une colonie ouverte et d’un pôle alimentaire, puis voté 39,9 millions pour une zone d’attente de 60 places, mesure transitoire avant l’ouverture des Grands-Marais.
Cette prison de 410 places devait entrer en service en 2026. Puis en 2030. Elle est aujourd’hui annoncée à l’horizon 2032. À chaque report, ce sont des années de plus de surpopulation, de critiques injustes envers le personnel alors que les moyens pour la combattre ne nous sont pas donnés.
Ce calendrier ne tiendra pas si l’État perd 272 millions par an. Et surtout, construire les murs ne suffit pas, il faut le personnel pour les faire fonctionner. 410 places, ce sont des centaines d’agent·es à recruter, à former et à payer. Nous posons donc la question aux initiant·es, avec des annuités menacées et 272 millions de recettes en moins chaque année, avec quel personnel comptez-vous ouvrir les Grands-Marais ? Une prison neuve que l’on ne peut pas doter, c’est de l’argent public dépensé pour rien et une surpopulation qui perdure et une insécurité dans la population qui demeure.
Couper dans la réinsertion, c’est fabriquer l’insécurité de demain
La réinsertion n’est pas un supplément d’âme ! C’est le principal outil dont dispose la société pour éviter la récidive. Ateliers, formation, travail, encadrement socio-éducatif et régimes ouverts préparent le retour à la vie civile de personnes qui, pour l’immense majorité, sortiront un jour.
Ce sont aussi les premières prestations sacrifiées quand les budgets se resserrent, parce qu’on peut les réduire sans que cela se voie. Le résultat est prévisible, moins de réinsertion, c’est plus de récidive, donc plus de détenus, plus de surpopulation, plus de victimes et une facture plus lourde. Couper là n’est pas une économie, c’est un report de charge sur les dix prochaines années.
Une sécurité qui ne se privatise pas
Les partisans de l’initiative assurent que la sécurité sera préservée. Qu’ils le démontrent, chiffres à l’appui, et qu’ils disent enfin où ils comptent couper. Lorsqu’on retire 272 millions par an de façon permanente, aucun domaine ne reste durablement hors du champ des arbitrages. Et le système pénitentiaire est en sous-effectif chronique et grave depuis bien trop longtemps. Donc, NON la sécurité n’est déjà pas préservée.
Les ménages qui profiteront le plus de cette baisse pourront, si les prestations reculent, se tourner vers le privé, école, clinique. Personne ne dispose d’une prison privée, ni d’une police privée. La sécurité publique protège tout le monde, ou elle ne protège personne correctement.
Notre position
La pression sur les salaires n’est pas une hypothèse. Après le retrait de la contribution de crise en décembre 2025, ce sont les annuités, la progression salariale annuelle du personnel de l’État, qui sont visées. Une motion déposée au Grand Conseil en mai 2026 demande leur gel dès que les comptes cantonaux sont déficitaires, ce qui reviendrait, vu la trajectoire budgétaire, à les geler plusieurs années de suite.
Une annuité gelée n’est pas rattrapée, elle est perdue pour le reste de la carrière. Dans un métier éprouvant et exposé sur le plan physique et psychique, c’est la garantie de difficultés de recrutement et du départ des plus expérimentés.
Nous ne demandons aucun privilège, mais que le canton conserve les moyens d’assumer une mission régalienne qu’il exerce déjà dans des conditions dégradées, et que celles et ceux qui l’assument ne deviennent pas, une fois de plus, la variable d’ajustement d’une baisse d’impôt dont ils ne verront presque rien.
« Nous tenons les établissements à bout de bras depuis des années. On nous demande d’assurer la sécurité de la population avec des équipes toujours plus réduites, dans des bâtiments toujours plus pleins et vétustes, en attendant des projets sans cesse repoussés. Retirer 272 millions par an au canton, c’est nous demander de continuer sans les moyens de le faire et c’est prendre un risque avec la sécurité de tous. »
Sophie Charrotton, présidente de l’Association vaudoise des agents pénitentiaires
Le 27 septembre 2026, l’Association vaudoise des agents pénitentiaires appelle à voter NON à l’initiative des 12%.
REPÈRES ET SOURCES
Coût de l’initiative : 272 millions de francs de recettes cantonales en moins, chaque année et sans limite de durée.
Finances cantonales : déficit de 156 millions aux comptes 2025, troisième déficit consécutif ; budget 2026 déficitaire de 297 millions malgré 305 millions de mesures d’économies ; plan de retour à l’équilibre annoncé jusqu’en 2030.
Gel des annuités : motion Florence Gross et consorts au nom du groupe PLR (26_MOT_30), « Retour à l’équilibre : un effort collectif est nécessaire. Gel des annuités en cas de comptes déficitaires », Grand Conseil vaudois, séance du 26 mai 2026.
Surpopulation carcérale : 166% de taux d’occupation au Bois-Mermet, 143% à La Croisée (SPEN, 24.08.2026).
Pôle pénitentiaire du Nord vaudois : plusieurs millions d’investissements prévus ; crédits d’étude pour la nouvelle colonie ouverte et le pôle alimentaire acceptés en mars 2026 ; zone d’attente carcérale de 60 places (39,9 millions) votée en mai 2026 ; prison des Grands-Marais, 410 places, horizon 2032.
Contacts
Sophie Charrotton, Présidente AVAP
David Pittet, Comité AVAP et Comité Central FSF